Note: Je parle de ma relation à la féminité dans cet article car c’est ma problématique du moment mais il peut s’appliquer beaucoup d’autres situations.

Ces derniers mois, une sensation particulière m’habite régulièrement et je souhaitais vous en parler mais trouver les mots pour rendre justice à mon ressenti m’est difficile.

Les blogs où nous partageons notre vie existent depuis bien longtemps. Pourtant, ce n’est seulement que depuis quelques mois que je vois l’importance que revêt ce partage dans la manière dont nous évoluons en tant qu’être humain. (Vous voyez, j’utilise déjà des grands mots, il va falloir s’accrocher)

En grandissant, les informations que je recevais sur la manière dont la vie était supposée se dérouler venaient beaucoup de médias comme la télévision, les magazines, les films, les livres. Or, il arrivait souvent que le message soit finalement biaisé : messages dans l’optique de vendre un produit par exemple. (J’ai longtemps hésité à mettre les livres dans ma liste mais il est vrai que certains livres que je lisais enfant étaient finalement un pur produit marketing faits pour que l’on aille regarder la série ou que l’on achète les 150 autres tomes)

Les produits culturels que je consommais en grandissant ont leur importance, mais bien sûr l’environnement direct joue un rôle prépondérant. Notre milieu social, notre école, nos amis, notre famille…

Pourtant, je me rends compte d’une chose uniquement maintenant, à 27 ans, que le partage autour de La Vie, ses nuances, ses obstacles, ses aspects sombres comme lumineux, n’ont que très rarement été abordés autour de moi. La pudeur probablement créant un terreau plus favorable au silence qu’à la discussion.

Maintenant, en 2019, je me fais régulièrement la réflexion que j’ai de la chance. Une chance énorme de pouvoir avoir accès direct au récit de vies sans intermédiaire pour modifier le contenu. Je ressens particulièrement cela pour tout ce qui concerne La Féminité en général.

Endométriose, cycle menstruel, violence, harcèlement, grossesse (ou non), fausse couche, PMA,…

Tout ça, ce sont des conversations qui ne me parvenaient pas.

Je vivais ma vie de « femme » (ugh) dans l’ombre, sans personne pour éclairer le chemin, partager son expérience, répondre aux questions. Je n’avais que mon intellectuel pour me guider.

Tout ce qui me parvenait était un contenu de seconde main, retravaillé, édité. Très peu de témoignages directs de femme à femme.

Pourtant, relativement tôt (?) je me suis penchée sur la question de la condition féminine (Il y a plus de dix ans maintenant, je choisissais « Momone » de Beauvoir comme nous l’appelions, en exposé de cours de français au lycée) mais tout ce que je savais, j’apprenais, que j’ingurgitais validait des sensations sur lesquelles je n’arrivais pas à poser des mots. J’avais conscience de la complexité de la situation que représentait le fait d’être une femme, mais cette lucidité sans avoir la capacité d’en parler a aussi renforcé mon besoin de protection et un sentiment d’injustice d’être née avec le sexe féminin.

Dès mon enfance, comme beaucoup de petites filles finalement, un rejet de cette féminité a pointé le bout de son nez. « Être une fille, c’est nul »

Et qui n’a pas été soulagée avec le temps.

Douleurs menstruelles, le lot quotidien d’être une adolescente et donc de se faire emmerder H24 dans la rue, les creeps sur internet, la demande constante de faire plus attention à soi « pour ne pas envoyer de mauvais messages » aux hommes (ugh), toujours être sur le qui vive (parce qu’on peut au choix: mettre de la drogue dans ton verre, te suivre dans la rue, te violer, te menacer avec un couteau, etc…)

L’environnement renforçait ce sentiment d’être une proie (et aussi faible, et aussi superficielle…).

Et c’est justement à cause de tout ce bloubiboulga de ressentis que je suis heureuse de vivre à cette époque où je vous lis au quotidien que ce soit sur instagram ou sur vos blogs. Je suis heureuse d’avoir des messages bruts, sans fioritures, qui parlent directement de votre histoire personnelle.

C’est une époque où nous parlons, directement entre nous.

Une époque où nous pouvons partager nos doutes, nos peurs, nos épreuves, nos joies.

Dans un sens le partage de témoignage a ce côté négatif qu’il vous confirme vos craintes : oui, les choses horribles existent, oui, tes peurs sont fondées, oui, tu peux mourir jeune, oui, tu peux avoir un cancer, oui, les grossesses peuvent mal se passer, etc.

Mais dans mon cas il me permet aussi de me sentir comme faisant partie d’un groupe qui s’écoute même si nous ne nous connaissons pas personnellement. Dans ma tête, j’utilise souvent le terme « guérison collective » mais je ne l’utilise que rarement à l’oral car il n’a pas de définition précise mais c’est de cette manière que j’exprime mon sentiment. J’ai la sensation que nous ne faisons pas que nous faire du bien de manière individuelle en parlant de soi, mais que nous permettons aussi à l’environnement autour de changer.

J’ai cette sensation étrange que par le fait que nous parlions chacune à notre manière des joies et des peines qui viennent ponctuer notre vie de « femme » (dans mon cas), nous permettons à l’Autre de ne pas avoir honte de ce qu’il traverse. Nous ne sommes pas seules.

Comme je le disais à mon copain la semaine dernière, une chose que j’apprécie lors des retraites de yoga où je suis allée, c’est qu’en rentrant je me rends compte que j’ai rencontré des femmes que je n’aurai pas rencontrées autrement. Les âges diffèrent, les métiers, les philosophies de vie. J’ai besoin de ça.

C’est une manière pour moi de me rassurer aussi: « tu vois, tu ne te sens pas à l’aise avec la notion de Féminité qu’on t’a vendue mais elle n’a rien à voir avec la réalité. La Féminité ce n’est pas être comme si ou comme ça. La Féminité c’est juste une relation personnelle que tu peux vivre de mille manières. Elle est diverse et unique à chacune. Tu n’as pas à rentrer dans des cases, tu peux souffler 2 minutes. »

Nous vivons tous notre expérience d’être humain de manière unique, et j’imagine que nous avons tous des choses à guérir. Alors parler de ce qui nous touche, de ce que l’on vit est important. Les choses deviennent vite tabou. Se mettre à nu fait peur. Il est souvent plus confortable de garder le silence, ce que je comprends amplement.

Pour conclure, je remercierais toutes ces femmes qui partagent leur expérience. Merci à vous. Merci de placer des petites lumières sur mon chemin. Merci d’indirectement m’aider à accepter cette « féminité » dont j’ai tant haï le concept.

Publié par :Sibylle Roze

Designer graphique, créative en général, j'aime aussi écrire et prendre des photos. Le bien-être est un sujet qui me fait vibrer, et je souhaite montrer aux gens qu'ils ont le pouvoir de reprendre la main sur leur quotidien, petit à petit.

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